L'arrivée
2020/06/14 1 L'antique motrice soupira un long jet de vapeur, avant d'ébranler le long chapelet de wagons. Des essieux gémirent, puis lentement l'improbable train quitta lentement l'oasis lumineux de la gare et se glissa au-dehors sous le manteau de néant de la nuit froide et brumeuse. Un voyageur, appelons-le ainsi, était descendu du dernier wagon, le seul éclairé, à l'extrémité du quai, à la limite tremblotante du halo lumineux diffusé par l’ultime luminaire à vapeur de mercure. Tandis qu'il remontait d'un pas lent la rive de béton rongée de lichen, les lumières bleues palpitantes s'éteignaient une à une après son passage. La carcasse sombre de la gare avec ses hauts piliers lui faisait penser à un antique temple païen où l'on aurait pu adoré autrefois les dieux du progrès. Un portique en ogive, en marquait l'entrée. L’homme, puisque c’en était un, pressa le pas, tandis qu'il empruntait le sentier poussiéreux qui traversa...